Exploitation minière responsable à Madagascar : les 4 défis à relever

Le secteur minier à Madagascar en chiffres
Selon le rapport ITIE 2023, publié le 31 décembre 2025, la mine représentait 43,8 % des exportations de Madagascar en 2022, mais seulement 4,5 % du PIB (L'Express de Madagascar via AllAfrica). Ce décalage montre qu'une richesse géologique considérable peine encore à se traduire en développement partagé.
Le secteur repose sur deux mondes. D'un côté, quelques grands opérateurs industriels : Ambatovy (nickel-cobalt), QMM (ilménite), Dynatec, ERG et Base Toliara, rebaptisé Vara Mada. Ambatovy a représenté à lui seul plus de 70 % des exportations minières entre 2021 et 2023. De l'autre, une mine artisanale qui fait vivre près d'un million de personnes, sans contrat formel ni protection sociale.
Défi 1 : appliquer le nouveau Code minier
Pendant plus de quinze ans, un gel des permis miniers instauré en 2010-2011 a bloqué l'exploration et laissé plus de 1 650 dossiers en attente (africa.com / Ecofin).
Deux étapes ont relancé le secteur. En 2023, la loi n° 2023-007 a refondu le Code minier, en créant notamment un Fonds minier d'investissement social et communautaire et un Plan de responsabilité sociétale obligatoire. Puis, le 27 janvier 2026, le gouvernement a relancé l'octroi des permis, sauf pour l'or (L'Express de Madagascar).
Mais l'application reste incomplète. Seules 4 des 7 sociétés non cotées concernées ont déclaré leurs bénéficiaires effectifs. Et le nouveau Code ne prévoit pas de stratégie dédiée aux minerais critiques, alors que Madagascar détient environ 8 % des réserves mondiales de graphite (Transparency International Australia).
Défi 2 : maîtriser l'impact environnemental des mines
Le principal risque environnemental est la gestion de l'eau, aggravée par des cyclones de plus en plus violents.
À Fort-Dauphin, après le cyclone Emnati en mars 2022, la mine d'ilménite QMM (Rio Tinto) a demandé à rejeter 1 million de m³ d'eaux de mine. Des milliers de poissons morts ont ensuite été retrouvés dans le lac Ambavarano ; QMM conteste tout lien (Mongabay). En avril 2024, 64 habitants de l'Anosy ont engagé une action en justice à Londres, alléguant une contamination au plomb et à l'uranium, ce que Rio Tinto conteste (Leigh Day).
À Toamasina, le cyclone Gezani a endommagé l'usine d'Ambatovy en février 2026 et stoppé sa production jusqu'en juin (L'Express de Madagascar).
La leçon est claire : bassins, digues et parcs à résidus doivent être dimensionnés pour les événements extrêmes de demain. Or le décret MECIE sur les études d'impact date de 2004 et n'exige pas d'étude d'impact social (Transparency International Australia).
Défi 3 : formaliser la mine artisanale
L'or illustre l'ampleur de l'informalité. Entre 2020 et 2023, la base UN Comtrade recense près de 4,167 tonnes d'or exportées depuis Madagascar, alors que l'Agence nationale de l'or n'a enregistré aucune exportation officielle sur la période (ITIE 2023 via L'Express). L'essentiel de l'or quitte donc le pays sans recettes pour l'État.
Le mica pose un autre problème : environ 10 000 enfants travaillent dans ce secteur dans le Sud, parfois dès 5 ans, selon Terre des Hommes et SOMO (Terre des Hommes). Ce mica alimente pourtant l'électronique et l'automobile mondiales.
Formaliser ne signifie pas interdire. Le Code 2023 prévoit des permis réservés aux artisans et des zones d'encadrement. Il faut y ajouter des circuits d'achat légaux et un accompagnement technique sur la sécurité.
Défi 4 : garantir l'acceptabilité sociale des projets
Sans l'adhésion des communautés, un projet minier peut être bloqué pendant des années. Base Toliara, à Ranobe, a été suspendu de 2019 à fin 2024. Le projet annonce 770 millions USD d'investissement et 4 millions USD par an pour les communautés (L'Express via AllAfrica). Mais les pêcheurs Vezo contestent la jetée prévue à Andaboy, et l'usage de l'eau inquiète dans une région aride (L'Express via AllAfrica).
Trois failles reviennent partout : des consultations jugées insuffisantes, des compensations foncières et funéraires contestées, et une défiance envers les régulateurs. La réponse passe par des données publiques et un suivi indépendant.
Le rôle clé des ingénieurs
La mine responsable se jouera moins dans les textes que dans les compétences de ceux qui conçoivent, exploitent et contrôlent les sites :
- Concevoir pour le climat de demain, avec des traitements actifs de l'eau et des ouvrages dimensionnés pour les pluies extrêmes.
- Mesurer et publier la qualité de l'eau et de l'air, avec des laboratoires indépendants.
- Moderniser les études d'impact en y intégrant la dimension sociale.
- Accompagner les artisans vers des pratiques plus sûres et des circuits légaux.
- Renforcer l'administration avec des ingénieurs formés pour instruire et contrôler.
Questions fréquentes
Quel est le poids du secteur minier à Madagascar ?
En 2022, la mine représentait 43,8 % des exportations et 4,5 % du PIB, selon le rapport ITIE 2023.
Qu'est-ce que le nouveau Code minier malgache ?
C'est la loi n° 2023-007, qui refond le Code minier de 1999. Elle renforce notamment les obligations sociales et environnementales des opérateurs.
Pourquoi la mine artisanale pose-t-elle problème ?
Elle fait vivre près d'un million de personnes, mais reste largement informelle : pas de protection sociale, peu de contrôles de sécurité et des flux d'or illicites.
Conclusion
Code minier refondu, permis relancés, demande mondiale en graphite, nickel et ilménite : Madagascar entre dans une nouvelle phase. La réussir exige de traiter ensemble gouvernance, environnement, artisanat et dialogue avec les communautés, avec des compétences techniques à la hauteur.
Sources
- L'Express de Madagascar via AllAfrica, « Secteur minier - Une présence restreinte sur la bourse internationale », 19 janvier 2026 (données du rapport ITIE 2023) — https://fr.allafrica.com/stories/202601200298.html
- L'Express de Madagascar, « MINES - L'exploitation de l'or en suspens », janvier 2026 — https://www.lexpress.mg/2026/01/mines-lexploitation-de-lor-en-suspens.html
- L'Express de Madagascar via AllAfrica, « Exportation - Les licences d'or augmentent », 13 janvier 2026 — https://fr.allafrica.com/stories/202601130362.html
- Loi n° 2023-007 portant refonte du Code minier, CNLegis — https://cnlegis.gov.mg/uploads/L2023-007-VF.pdf
- Transparency International Australia, « Minerals in Madagascar: opportunities and challenges of governance », juin 2024 — https://mining.transparency.org.au/minerals-in-madagascar-opportunities-and-challenges-of-governance/
- africa.com / Ecofin, « Madagascar lifts mining permit freeze », 30 janvier 2026 — https://africa.com/top-10-news/madagascar-lifts-mining-permit-freeze
- Mongabay, « Fish deaths near Rio Tinto mine in Madagascar dredge up community grievances », mai 2023 — https://news.mongabay.com/2023/05/fish-deaths-near-rio-tinto-mine-in-madagascar-dredge-up-community-grievances/
- Leigh Day, action en justice de villageois de l'Anosy contre Rio Tinto, 3 avril 2024 — https://www.leighday.co.uk/news/news/2024-news/rural-villagers-living-near-mine-in-madagascar-take-legal-action-against-mining-giant-rio-tinto-after-tests-show-dangerous-levels-of-lead-in-their-bodies/
- L'Express de Madagascar, « MINES - Ambatovy reprend ses activités », juin 2026 — https://www.lexpress.mg/2026/06/mines-ambatovy-reprend-ses-activites.html
- Terre des Hommes Pays-Bas, projet JOFA ACTE et rapport 2019 sur le mica — https://int.terredeshommes.nl/projects/joining-forces-for-africa
- L'Express de Madagascar via AllAfrica, « Base Toliara - 778 millions de dollars d'investissements », décembre 2024 — https://fr.allafrica.com/stories/202412070037.html
- L'Express de Madagascar via AllAfrica, « La reprise de Base Toliara divise les opinions », décembre 2024 — https://fr.allafrica.com/stories/202412030205.html